• Jour des Morts 2012

    Mouih, hier après midi, vu le temps magnifique que nous avions ici, je me suis dit que j'aurais bien envie de faire du savon (oui, c'est la marotte du moment, mais ça va certainement passer..)

    Las, pas d'huiles à disposition hormis olive (déjà fait) et pépins de raisin dont les filles du forum acrobulles m'ont vivement déconseillé l'usage en saponification.

    Que faire ? J'avisai alors un pauvre savon de Marseille en cube qui s'ennuyait ferme sous l'évier (plus ou moins naturel la chose enfin, certainement plutôt MOINS...parce que l'appelation savon de Marseille n'étant pas soumise à contrôle, certaines personnes peu scrupuleuses y mettent absolument n'importe quoi).

    Effectivement, à lire l'étiquette, il y avait bien de l'huile d'olive et de l'huile de noix de coco, mais aussi quelques cycles suspects, et des sulfates qui n'avaient pas grand'chose à faire là-dedans. Quant à l'odeur, ben pas terrible, mais je n'allais pas faire ma chochotte.

    Bref, rien à perdre, alors je me dis que c'était le moment de faire de la tambouille.

    J'installai donc un bain-marie dans une grande casserole sur le poele à bois fort surpris car d'habitude, les après midi de jours fériés en hiver, il accueille des poelons de compote de pommes  - les pommes qui fondent avec sucre et cannelle pendant des heures à température douce sur un poele, je ne vous racont même pas ! 

    Je passai mon savon "de Marseille" au mixeur et hop le tout dans la moyenne casserole placée dans la grande casserole bain-marie. J'ajoutai d'abord un peu de lait entier (genre 1/2 verre) mais je m'aperçus vite que c'était loin, d'être suffisant, et après vérification des "recettes" sur le net, j'allongeais considérablement le "sauce", toujours au lait.

    Au bout de presque 2 heures, tout était fondu et j'obtenais une pâte très homogènede la consistance d'une béchamel de compacité moyenne.

    Alors hop, 2 cuillers à soupe de monoï (huile de coco dans laquelle a macéré une fleur de tiaré), 1 cuiller à soupe de miel crémeux d'Auvergne.

    Je séparai la  pâte en deux, pour m'amuser, et je versai 2 gouttes de colorant alimentaire magenta dans l'une des parts, et bleu dans l'autre.

    Et hop, moulage et mise au congélateur pendant 2 heures afin de pouvoir démouler (car chat échaudé...blabla) 

    Démoulage sans souci, mais c'est mou. Enfin, vu la quantité de lait ajoutée, il fallait s'y attendre. Donc séchage pour durée indéterminée, en retournant les zozos tous les jours.

    A suivre !

     

    Savons en refonte

     Il y a bien quelques petites bulles en surface (et pourtant j'ai fait très attention à touiller très doucement la pâte pour ne pas incorporer trop d'air !) mais cela ne me semble pas dramatique.

    L'odeur est assez bizarre...on ne sent pas précisément le monoï, mais quand même, il y a quelque chose.

    Hier, àa sentait encore beaucoup le savon de Marseille, cette odeur fade et écoeurante, mais aujourd'hui, cela s'est beaucoup atténué, et il me semble que l'odeur du monoï ressort... A suivre ! 

     

    Savons en refonte

    J'ai fait mumuse avec le savon cylindrique (moulé dans la boîte en plastique du fromage à tartiner  ail et fines herbes premier prix, de chez Casino.

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  • Toussaint 2012

     

    Je suis touche-à-tout ? Non, c'est juste une idée que vous vous faites... 

     

    1 - L'idée : préhistoire. 

    Il m'est germé encore une lubie étrange sous le capot : j'ai fait un savon. Si si, je vous assure.

    Bon, pas si étrange que ça pour une prof de sciences physiques : c'est que j'en ai fait des savons ma bonn' dame pendant mes études. La différence, c'est que ceux-là, je les regardais simplement au fond  de leur ballon, s'égouttant du poétique refroidissant à boules...et que je n'ai jamais eu la prétention de me laver avec. Vu la dose de soude qu'on y mettait, ce n'était d'ailleurs pas franchement conseillé. Il faut dire qu'armée de soude, je suis particulièrement dangereuse : j'ai réussi étant gamine, en classe de 5ème je crois, à l'époque où les élèves avaient encore le droit de manipuler des produits dangereux, et d'utiliser un bec-bunsen, à faire une magnifique brûlure en profondeur sur une paillasse toute neuve avec quelques gouttes de soude inopinément tombée de la pipette.

    Bref, après ces nostalgiques considérations antédiluviennes, venons-en à la base du sujet (héhé, la base...)

     

    2 - La guerre du savon a bien eu lieu : réflexions préliminaires

    J'ai tenté de saponifier dans ma cuisine de l'huile d'olive (200g) au moyen de lessive de soude (à 30% en masse) en bidon du commerce. Et ma foi, ça marche fort bien !

    Contrairement à ce que vous faites au labo les gars (je parle à d'éventuels confrères qui me liraient), il faut que le mélange soit non-stoechiométrique : la base doit être en défaut. Nettement.

    L'excès de triester par rapport à la quantité initiale de soude, les savonniers nomment cela "le surgraissage". Le problème c'est qu'ils parlent en pourcentage massique, du coup ce n'est pas facile de s'y retrouver pour un chimiste.

    Heureusement, il y a des calculateurs à savons , eh oui, qui font ça à notre place ! Chouette !

    Il faut dire que pour faire un savon 100% olive (ça s'appelle "savon de Castille"), il n'est pas besoin de sortir de St Cyr côté calcul de proportions sur ces petits logiciels en ligne.

    Par exemple avec un excès massique d'huile de 8% (le fameux "surgraissage"), pour mes 200g d'huile d'olive il fallait 84g de lessive de soude à 30%.

    Pourquoi 8% ? Parce que selon la communauté savonnière ça semble bien pour se laver quand on n'est pas un porc-épic. Et comme j'ai la peau plutôt à tendance sèche, mieux vaut prévoir un savon "gras". 

    Heureusement qu'il y a les calculateurs, car si calculer soi-même la quantité de soude est relativement facile (en faisant tout de même une hypothèse sur la densité du liquide commercial qui n'est pas indiquée sur la bouteille !! j'vous jure, ces industriels...alors disons, d = 1,3 et on est bon, avec une incertitude négligeable.), calculer le nombre de moles d'huile d'olive dans une masse donnée, c'est pas gagné-gagné.

    En effet, l'huile d'olive, comme toute huile bien éduquée, est composée de plusieurs triglycérides différents (oléique, linoléique, palmitique,  etc.) dont les proportions ne me semble pas triviales à connaître dans le mélange. Comme on n 'a pas FORCEMENT toujours son petit spectrophotomètre ou sa HPLC sur soi dans sa cuisine,    mieux vaut faire confiance aux calculateurs mentionnés, argh !

     

    3 - Le feu de l'action 

         Me voilà donc partie à saponifier :

                            - je fais chauffer un peu l'huile d'olive (autour de 40°C)...mouih, je sais "un peu", c'est pas très scientifique. Mais sans thermomètre, on fait ce qu'on peut.

                            - je retire du feu et verse 200g d'huile tiède dans un saladier en verre.

                            - j'ajoute doucement la masse nécessaire de  lessive de soude, tout en remuant avec une cuillère en bois.

     

    Observations : pas de projections, pas de dégagement de chaleur intempestif (j'avais préparé une trempe glacée dans le deuxième bac de l'évier, au cas où, hein..."souviens-toi du vase de la paillasse du collège !")

    Tout va bien.

    Je me dis qu'il va falloir touiller 2 heures, dans chauffage à reflux, pour saponifier le bazar. Mais non ! Les savonniers ont un truc : ils activent la réaction grâce à un plongeur-mixeur à soupe ! Un peu gonflé c'est vrai vu les risques de projections (la soude à 30%, c'est du 10 mol/L, quand même...) mais bon, on a fait pire dans les labos, hein, alors allons-y gaîment !

                            - Je me mets donc à mixer avec des précautions de sioux. 

    On est censé attendre la venue de ce que les savonniers nomment "la trace" : c'est une modification de la viscosité du mélange, qui passe de l'état liquide à un état crémeux,  voire pâteux. Dans mon cas le mélange a présenté une consistance de mayonnaise, en fait. Je pense que cela correspond à un certain pourcentage du taux d'avancement de la réaction, mais que c'est techniquement non quantifiable dans les conditions de l'expérience à la maison. Il faudrait refaire la saponification au labo dans des conditions identiques, et réaliser un suivi cinétique avec des prélèvements à intervalles de temps réguliers autour de l'instant d'apparition de la "trace", pour pouvoir en conclure quelquechose. De plus, il est quasi certain que selon l'huile ou les huiles utilisées, le taux d'avancement caractérisant la "trace" sera différent. Donc, on va ptêt laisser tomber, hein ? Enfin si quelque chimiste sait quelquechose et passe par là, eh bien ça m'intéresse beaucoup ! Merci d'avance...

    L'essentiel dans notre cas, c'est que la trace arrive : cela a pris environ 3 mn de mixage (par étapes de 30s, alternées avec  1 mn de repos, afin de ne pas faire surchauffer le plongeur). Il paraît que c'est rapide, et que certains attendent des dizaines de minutes...j'ai donc peut-être eu de la chance. Il faut signaler que j'ai ajouté un peu de sucre vanillé, et il semble que ce soit un catalyseur de la saponification. Hum, on évite l'acide sulfurique : pour se laver avec, ce n'est pas le top je pense.

                         - je verse le savon dans deux moules en verre (mauvaise idée...à l'avenir éviter le verre, parce que ia un problème : ça casse !)

    Normalement, la réaction est connue pour être lente et totale. Au labo on accélère avec un chauffage à reflux, alors dans mon cas, hop, à l'étuve dans mon four à chaleur tournante à 80°C pendant 2 heures (truc tout bête trouvé sur un des nombreux blocs où j'ai pêché des idées...et été contaminée !)

     

     4 - Veni, vidi, moyennement vinci.

    Au bout de 2 heures, on éteint le four, mais on laisse le savon refroidir peinard dedans pendant quelques heures. J'ai oublié de dire que j'avais filmé monsieur, non avec une caméra, mais avec un film plastique "alimentaire", pour éviter une vaporisation excessive de la phase aqueuse pendant la chauffe.

    Ensuite, démoulage, et c'est là que bibi s'est plantée : il fallait huiler le moule, et je ne le savions point ! 

    A ma décharge, au labo on ne démoule pas la chose. D'abord, on provoque un relargage en saturant le mélange final avec une solution saline (NaCl en général). Ce faisant, on sépare grâce aux propriétés de  solubilité  le savon (3 moles) du glycérol (1 mole).

    Dans le cas de la savonnerie de cuisine, et c'est ce qui est le plus intéressant à mon avis par rapport au savon industriel (outre le fait de ne pas ajouter tout un tas de saletés de type cycles benzéniques, pour ne citer qu'eux ), le glycérol produit RESTE incoporé au savon ! Pas de relargage, donc pas d'extraction. Evidemment le savon obtenu est bien meilleur pour la peau qu'un savon industriel !

    Voici donc la 8ème merveille du monde, mon admiraaaaaable savon de Castille :  

     

    Savons...

     N'est-il pas beau, s'exhibant fièrement sur un rouleau de papier toilette, et avec un grand tif roux accroché après lui ?

    Il est défendu de se moquer : la beauté n'est pas tout dans la vie, loin de là ! et lui est très doux malgré son air tout bossu, branlant, bosselé, etc. 

    C'est d'ailleurs ainsi que je l'ai nommé : "monsieur trois B." 

     

    A l'origine il avait un frangin, encore plus mal démoulé que lui...du coup, j'ai tenté de le faire refondre, et je me suis amusée à lui ajouter une bonne cuiller à café de sucre roux,  2 cuillers à soupe de lait entier, et 3 gouttes de colorant alimentaire rouge, pour rire.

    La fusion n'a pas été homogène du tout, et puis j'en avais marre...cela m'a donc donné un savon vieux-rose (ravissante couleur, je retenterai !) avec des incrustations jaune-verdâtre du savon initial mal fondu.

    Par contre, le pauvret atteint de scarlatine mousse bien davantage que son grand frère Castille "canal historique", et ça c'est un plus.

    Savons les trois B...

     5 - Bilan des courses

    Messieurs trois-B sont très très doux à l'usage pour le corps et le visage.

    Trois-B vérolé mousse bien davantage, tandis que son grand-frère Hulk ne mousse quasiment pas.

    J'ai essayé d'utiliser Hulk pour les cheveux (comme conseillé sur quelques blogs) mais ce n'est vraiment pas terrible. Pour tout dire, j'ai dû relaver mes cheveux le lendemain parce que malgré un très long rinçage et l'ajout de vinaigre de cidre à la dernière eau, ils étaient graissés sur les pointes et tout raides. Et pourtant, j'ai les cheveux normaux à tendance plutôt un peu sèche !!!

     

     

     Notes :     Les sites des calculateurs à savons :

    http://www.thesage.com/calcs/lyecalc2.php 

    http://www.soapcalc.net/calc/SoapCalcWP.asp 

     http://calc.mendrulandia.net/?lg=fr

     

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